SOLASTALGIE et ECO-ANXIETE

Je reçois de plus en plus de patients qui souffrent de l'actualité. Certains peuvent dire que "le monde les encombre".

La pandémie mondiale du COVID-19 semble avoir bouleversé nombre de personnes.

Pour certains, cette crise a été "la goutte d'eau", qui a agit comme une crise de sens, voire une crise existentielle. Des angoisses latentes se sont trouvées au premier plan, notamment celles qui concernent la crise environnementale actuelle.

Je souhaitais alors parler de la solastalgie et de l'éco-anxiété, qui semble concerner maintenant un bon nombre de personnes.

Une aide psychologique est indiquée lorsque cette souffrance impacte la vie quotidienne. Il s'agit alors d'entamer une démarche d'acceptation des émotions, pour ensuite s'inscrire dans des actions engagées, qu'elles soient individuelles ou collectives.

Qu’est-ce que la solastalgie ?

La solastalgie regroupe les réactions émotionnelles que nous manifestons en réponse au changement environnemental et écologique.

Ces expériences émotionnelles peuvent constituer une réelle détresse psychique et existentielle.

Il y a en quelque sorte un lien entre la détresse de l’écosystème et la détresse humaine.

 

Le mot « solastalgie » est construit avec le latin sōlācium (confort) et le grec algia (douleur). Une douleur liée à l’absence de consolation ou de réconfort causés par les changements perçus dans l’environnement de la personne qui en souffre.

  

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La solastalgie est une forme de souffrance et de détresse psychique causée par les changements environnementaux passés, actuels et attendus, en particulier concernant le réchauffement climatique et la perte de la biodiversité.

La solastalgie peut se manifester de différentes manières : de l'anxiété, de l'angoisse, de la colère, par une humeur dépressive, un sentiment profond d'impuissance. 

L'éco-anxiété peut-être associée à un stress pré-traumatique (en référence au stress post-traumatique).

Qu’est-ce que l’éco-anxiété ?

Il s’agit plus spécifiquement de l’anxiété ou du stress liés à la dégradation de l’environnement. Une inquiétude liée à un environnement changeant et incertain. La notion d’incertitude est importante dans l’étiologie de ce stress environnemental.

Cette anxiété peut se caractériser par des questionnements comme : « dans quel monde vont grandir mes enfants ? Quelle catastrophe climatique vais-je vivre ? Quel impact ces changements auront sur mes proches ? sur la biodiversité ? Comment vont faire tous ces gens pour survivre à des conditions climatiques extrêmes ? Va-t-il y avoir des guerres ? Un effondrement économique ? ».

L’anxiété écologique correspond à la réalité. Elle n’est donc pas pathologique par définition, c’est une réaction normale. Même une forte anxiété écologique peut être constructive et adaptative, dans le sens où elle peut engendrer des actions engagées écologiques.

Je dirais que le caractère pathologique de l’éco-anxiété va dépendre de la présence d’un ou plusieurs troubles psychiques préexistants, qui constituent une forme de vulnérabilité pour la personne qui en souffre. L’éco-anxiété peut parfois constituer une ramification d’un trouble anxieux généralisé par exemple, qui touche d’autres dimensions de l’environnement de la personne (travail, enfant, relations, etc).

Le caractère pathologique va aussi dépendre des stratégies de régulation émotionnelle plus ou moins efficiente que va mettre en place le sujet : la non acceptation de ces émotions, la non considération de ces émotions, la lutte, l’évitement de ces émotions, la tentative de suppression émotionnelle, l’isolement social et l’inaction constituent des facteurs d’aggravation et peuvent chroniciser la souffrance.

Les ressources pour mieux vivre son éco-anxiété ou sa solastalgie, vont être la recherche de soutien social (trouver des semblables !), une acceptation de ces émotions, l’auto-compassion, et la démarche de résolution de problème au niveau individuel et local sont par exemple des stratégies de régulation des émotions intéressantes. 

 

L’émotion est une porte d’entrée vers ce qui compte pour nous, il serait dangereux de vouloir les supprimer ou les éviter ! Les ressentir, les observer, les accepter, et agir en accord avec ses valeurs.

La compréhension et la sensibilisation de l’entourage de la personne est importante. Il est fréquent qu’une personne qui souffre d’éco-anxiété ne se sente pas comprise, et se trouve devant des réactions de ses proches inadaptées, avec une minimisation/banalisation de sa souffrance, un déni / évitement cognitif et expérientiel des enjeux écologiques actuels. Ces réactions et/ou défenses psychiques chez les proches peuvent générer un sentiment de honte et de culpabilité à ressentir ces émotions-là, et donc un isolement de la personne.

La solastalgie inclut la santé des écosystèmes. Il s'agit d'une vision systémique, qui prend en compte les effets cumulatifs des changements climatiques et environnementaux sur la santé mentale, émotionnelle et spirituelle. Il s'agit d'une considération apolitique, nous parlons d'impact sur la santé mentale des individus.

Bien sûr, il n'est pas rare que toute personne sensibilisée à la solastalgie ait elle-même des convictions politiques qui vont dans le sens du prendre soin de la terre.

Comment aller mieux ?

Je dirais, en trouvant des semblables, pour pouvoir rechercher du soutien social auprès de personnes également sensibles aux problématiques environnementales. Se lier aux autres pour mettre en place des actions dans le sens de ses valeurs.

Faire sa part au niveau individuel et collectif, sans se laisser envahir par un sentiment de culpabilité qui arrive fréquemment. L’impression de ne pas faire assez par exemple, d’être minuscule devant l’ampleur des changements à opérer.  

 

Pour cela j’aime beaucoup la Légende du colibri. Dans cette histoire riche d’enseignement, on comprend qu’oser agir seul dans le sens de ses valeurs peut amener le groupe à imiter ce comportement, alors la coopération et la solidarité allègent la détresse émotionnelle liée à la destruction de son habitat, et renforce une vision positive de l’avenir, l’espoir.

 

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Si la souffrance est trop grande, il est possible de rencontrer un professionnel : psychologue, psychothérapeute, psychiatre ou autre professions de la relation d’aide. Se renseigner au préalable si le professionnel est sensibilisé à cette problématique.

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L’éco-anxiété, et la solastalgie sont encore trop peu connue dans le domaine de la santé mentale.

Il existe des groupes de parole sur Nantes, peut-être dans d’autres villes, animés par Anne Jacob entre autre. Je peux également en animer si plusieurs personnes en émettent la demande.

 

Une équipe de recherche se monte à l’université de Nantes sur la thématique de l’éco-anxiété, afin de mieux la comprendre, mieux l’évaluer, et mieux la prendre en charge. Ces initiatives sont positives et encourageantes.

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC), et la thérapie ACT (Acceptance and Commitment Therapy) sont adaptée pour mieux vivre avec son éco-anxiété et/ou sa solastalgie.